Après des années de silence, l'opinion publique découvrait l'horreur des avortements clandestins grâce notamment aux féministes. En effet, les personnes favorables à l'avortement étaient minoritaires en <st1:place w:st="on"><st1:country-region w:st="on">France</st1:country-region></st1:place>, ils existaient quelques organisations défendant l'avortement telle que <st1:PersonName productid="la MLF" w:st="on">la MLF</st1:PersonName> ... . Cependant en 1967, certains mouvements commencent à s'activer par la diffusion de faux chiffres et la focalisation de l'opinion sur des cas particuliers: viol, inceste, malformations graves du fœtus.
En revanche, la grande manifestation qui fit bouger le gouvernement fut celle du 5 avril 1971, où 343 femmes appelées péjorativement « 343 salopes » disent haut et fort qu'elles ont eu recours à l'avortement. De plus elles doivent ce succès à un homme, Jean Moreau, ancien de l'Obs. qui eu l'idée géniale lors de l'été 1970 de faire avouée publiquement des femmes célèbre d'avoir avortés: « Qui oserait les poursuive? On mettait les autorités au pied du mur. » Il monta son coup en douce avec l'aide d'une amie de la rédaction Nicole Muchnik, de 252 médecins, des filles de <st1:PersonName productid="la MLF" w:st="on">la MLF</st1:PersonName>, et Simone de Beauvoir l'icône du féminisme. Leur première étape fut d'écrire le manifeste où elle déclarait : « Un million de femmes se font avorter chaque année en <st1:country-region w:st="on"><st1:place w:st="on">France</st1:place></st1:country-region>. Elles le font dans des conditions dangereuses, en raison de la clandestinité à laquelle elles sont condamnées, alors que cette opération, pratiquée sous contrôle médical, est des plus simples. On fait silence sur ces millions de femmes. Je déclare que je suis l'une d'elles. Je déclare avoir avorté. De même que nous réclamons le libre accès aux moyens anticonceptionnels, nous réclamons l'avortement libre ». Ce manifeste fut signé par des personnalités telles que Catherine Deneuve, Jeanne Moreau, Agnès Varda...et beaucoup d'autres. A ce moment-la l'Obs se mobilise et publie les noms et prénom de tous les signataires ainsi que le manifeste, puis cède au MLF une tribune page, qu'elles titreront « Notre ventre nous appartient ». Ainsi pour l'Obs et les féministes le pari est gagné. La justice reste muette : ni le journal ni les signataires ne sont poursuivis. Le pouvoir renonçant à toutes poursuites pénales, c'est une première victoire retentissante pour ces militantes.
Ce manifeste est l'un des exemples les plus connus de désobéissance civile en <st1:place w:st="on"><st1:country-region w:st="on">France</st1:country-region></st1:place>. Il a d'ailleurs inspiré le 3 février 1973 un manifeste de 331 médecins affirmant pratiquer l'avortement. Cette fois-ci, ce sont 331 médecins, rejoints bientôt par beaucoup d'autres, qui signent un manifeste organisé conjointement par le MFPF et le GIS. Provoquant la justice, ils proclament : « nous pratiquons des avortements, inculpez-nous si vous l'osez ! » « Décider si l'avortement est ou non un crime du ressort de la liberté individuelle. Tous les jours, depuis des dizaines d'années, mille femmes ont avorté dans l'angoisse et l'illégalité, et tous les jours, une de ces femmes est morte. », Écrivent-ils. Ils s'élèvent contre l'Ordre des Médecins, demandent un avortement libre et remboursé par <st1:PersonName productid="la S←curit← Sociale" w:st="on">la Sécurité Sociale</st1:PersonName>, et forcent les médecins à se positionner pour ou contre l'avortement. Ils ne sont encore une fois pas inquiétés par la justice.
Par la suite la lutte pour l'avortement
s'organise et le mouvement s'unifie. Déjà, les militantes pro-avortement
avaient pris le pouvoir au MFPF en évinçant les membres modérés. En avril 1973
se crée le MLAC, qui devient vite le fer de lance du combat pour l'avortement.
Il regroupe plusieurs organisations telle que le planning familial (MFPF), le
MLF, les signataires du manifeste des 331... et d'autres. La lutte pour la
libéralisation est menée partout en <st1:place w:st="on"><st1:country-region w:st="on">France</st1:country-region></st1:place> d'avril 1973 à décembre
1974. Notons que l'objectif avoué du Planning Familial (MFPF) est à cette
époque déjà bien défini : la libéralisation totale de « l'avortement libre et
gratuit pour toutes.»
Les sondages se multiplient, et favorisent la diffusion de l'idéologie
pro-avortement. Il n'y a qu'à lire les questions posées, volontairement
ambiguës et tournées de façon favorable à l'avortement. (Ex : 63% des femmes
affirment qu'elles « aideraient une amie à interrompre sa grossesse si elle
était enceinte sans l'avoir voulu, dans des conditions matérielles, sociales ou
psychologiques très mauvaises »2)
Le MLAC commence alors à organiser des projections de films montrant un
avortement (vu de l'extérieur, bien sûr)
Qu'ont donc fait les anti-avortement pendant toutes ces années de lutte ? Alors
que les pro-avortements se situaient dans l'action militante, bravaient la loi
et occupaient les médias, les autres restaient dans la respectabilité, sans
militantisme comparable, sans stratégie de communication équivalente. Ceci
explique cela : les moyens développés par des militants minoritaires décidés
ont porté leur fruit en quelques années. La riposte des anti-avortement a été
quasi nulle.